Dans le néant de l’entreprise, personne ne vous entend crier.

Alors que mes collègues marketeux s’agitent de plus belle la cravate au vent, que la folle de l’export n’en finit plus de courir, que les pintades du réglementaire ne cessent de couper le cheveu en quatre, le Très Haut continue de retravailler la structure de notre entité depuis son antre. Audits internes, entretiens individuels, réunions à huit clos entre managers, nous sentons bien que quelque chose se prépare. Quelque part dans ces salles de réunions et bureaux inaccessibles, une future annonce visqueuse, tentaculaire, cyclopéenne, grandit, mature, prête à éclore.

Dans de telles conditions le cadre moyen Français, par nature traumatisé par son marché de l’emploi pourrissant, s’inquiète. J’observe cette déliquescence depuis mon sanctuaire avec tristesse et morosité quand, tout d’un coup, je me réveille vraiment au monde :

Il faut que cela change, il faut réintégrer une bonne dose d’anarchie dans cette machine trop bien huilée, il me faut rendre son honneur à la nature humaine bafouée. Me voilà donc transformé en Vengeur Masqué, dans mon costard à 1 SMIC.

 Ni une ni deux, me voilà en route pour le bureau de Marc.

Pauvre Marc. Cette fois, pour lui, c’est le début de la fin. Après 18 ans de bons et loyaux services, après avoir hissé le marketing de cette belle et grande entreprise à un niveau tout à fait raisonnable, après tout ce temps et cet investissement personnel, Marc voit venir la fin de sa carrière ici, petit à petit, de la manière la plus inhumaine et mesquine qui soit.

Le monde entier semble s’être ligué contre lui. Changer la voiture de fonction comme le stipulait les négociations avec la DRH ? Non, on vous en donnera une plus petite pas adaptée, estimez-vous heureux. Faire évoluer ses gammes de produits ? Non, au contraire, nous allons en donner une bonne moitié à un junior. Il pourra mettre un pied dans la porte pendant que vous mettrez un pied dans la tombe. Vraiment Marc, votre attitude nous déçoit beaucoup.

Le regard éteint qu’il me jette alors que je débarque dans son bureau me fait comprendre qu’il attend désormais la mort, le licenciement, la dépression. Il sait désormais qu’ils vont le bouffer morceau par morceau, le pousser à bout, le broyer encore. Une larme au coin de l’oeil, je le vois ouvrir son tiroir et en tirer une tablette de chocolat. Par pudeur, je me retire dans cet instant d’une tristesse insondable.

Marc, tu seras le premier.

Le Vengeur Masqué leur fera payer leur ignominie, leur infâme traîtrise ! Tu seras vengé !

Laisser un commentaire